Lettre d’une missionnaire à propos de son chemin de foi

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« La religion pure et sans tache, devant Dieu notre Père, consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions, et à se préserver des souillures du monde. » Jacques 1.27

Dès les premières années de mon cheminement chrétien, ce verset m’a toujours guidé dans la manière de vivre cette foi de manière réelle et significative. J’en ai surtout retenu un appel de Dieu à la compassion, la bienveillance et à un style de vie noble.

En effet, les services communautaires et humanitaires m’ont toujours attirée jusqu’au jour où les occasions se sont multipliées pour concrétiser ce désir tant au sein de l’Église locale qu’à travers les ministères outre-mer. Ici je vais surtout parler de mes expériences à l’international parce qu’elles ont le plus mis à l’épreuve ma confiance en Dieu, le plus orienté mes dons et le plus exigé des habiletés de communication et de planification que je devais soit acquérir soit approfondir.

En 2010, l’opportunité d’aller au Sénégal durant deux semaines s’est présentée et je me suis tout de suite emballée bien que les conditions n’étaient pas favorables à ce voyage. J’étais encore étudiante à l’université au Canada à temps plein et quelques mois plus tôt mon pays d’origine, Haïti, avait été ravagé par un violent séisme. J’ai beaucoup douté de l’utilité de ce voyage car je n’avais pas besoin de traverser l’atlantique pour l’Afrique afin de mettre en route ma foi. C’est le besoin d’élargir mes horizons, de découvrir une autre culture et d’échanger, et la certitude que Dieu voulait m’enseigner bien des choses qui me poussèrent à faire ce pas de foi.

Tout voyage de cette nature se prépare rigoureusement. Entre les levées de fonds, les formations, les documents d’immigration, les vaccins, les présentations, le matériel et les valises, j’ai finalement atterri à Dakar en Avril 2010 accompagnée de quelques membres de l’Église. Nous avons été bien accueillis et bien encadrés par les missionnaires. Nous avons visité l’ile de Gorée, le lac Retba (lac rose) et l’ile de Yoff (Teuguene). Nous avons beaucoup prié pour les habitants de Yoff et particulièrement les pêcheurs qui nous ont fait visiter l’ile. J’étais brisée d’apprendre que la plupart se vouait à des pratiques occultes.

Ensuite, le plus marquant de ce voyage a été la rencontre avec les enfants venant de toutes sortes de milieu : les talibés (les enfants de rue), les enfants sourds-muets, les enfants du village Nguekok, les enfants de l’école du dimanche et les orphelins. Nous avons tant bien que mal animé des activités et parlé de Jésus. C’était fantastique! Quand nous ne pouvions pas en parler ouvertement dans certains milieux en raison des croyances musulmanes ou nos capacités limitées en langage des signes, nous avons démontré cet amour par un sourire, des câlins, des chants, des coloriages, des cadeaux, des pièces de théâtre et des paroles d’encouragement. Les enfants étaient toujours réceptifs. Des jeunes aussi ont donné leur vie au Seigneur lors d’une tournée au village Nguekok. Ces deux semaines ont filé et par moment il y avait des hauts et des bas mais je suis retournée de ce voyage convaincue d’avoir découvert ma vocation de me plonger dans l’univers des enfants, plus précisément, les enseigner l’amour de Dieu. J’ai compris que la volonté de Dieu pour les enfants est que tous aient une vie épanouie et comme dit la Parole, malheur à ceux qui les scandaliseront (Matthieu, 18.6).

Quelques années après ce voyage, je me sentais inspirée de renouveler l’expérience. C’est ainsi qu’en partenariat avec l’organisation Children of Blessing Trust je me suis dirigée vers le Malawi pour une durée de quatre mois en octobre 2014, seule cette fois. Il va sans dire que ce voyage était plus exigeant en termes de préparation et de disposition mentale. C’est surtout survenu à un moment ou ayant obtenu mon diplôme de baccalauréat (licence) en kinésiologie deux ans plus tôt, je venais de décrocher un meilleur poste. J’étais déjà dans une certaine routine confortable. J’étais responsable du ministère des enfants de l’Église, je travaillais, je songeais à m’acheter une voiture, fonder une famille etc… Mais en même temps, j’avais beaucoup de questions quant au but de ma vie et ma mission sur terre. Je savais que je voulais travailler avec des enfants mais ce n’était pas encore clair. Finalement c’est le défi de vivre ma foi de manière surprenante qui l’a remporté. C’est ainsi que contre vents et marées, je me suis retrouvée seule, effrayée à bord du South African Airlines en direction du pays qu’on surnomme the ‘Warm heart of Africa’. Cette mission était directement reliée à mon domaine car je prodiguais des services de réadaptation aux enfants dans une clinique de réhabilitation, dans des centres de petite enfance ou des hôpitaux. La plupart de ces handicaps était dû à une paralysie cérébrale, l’épilepsie ou autre condition neurologique.

Mes premières journées étaient consacrées à l’adaptation pour ensuite devenir complètement autonome dans le travail ainsi que dans la vie de tous les jours. Je dois cet accomplissement aux directeurs de l’organisation et d’autres missionnaires qui sont devenus une famille. J’ai également trouvé une église dynamique, Flood Church à Lilongwe axée sur la transformation des vies par Jésus. J’étais bien partie. Un de mes plus gros défis en revanche était la communication : je ne parlais pas chichéwa (langue locale). J’ai fini par apprendre quelques notions pour faciliter la communication avec les enfants et leurs parents plus issus des milieux ruraux.

Ce voyage était une énorme richesse. J’ai vu Dieu intervenir de manière extraordinaire dans des situations ou je n’avais plus le contrôle. J’ai été témoin de guérison miraculeuse, j’étais entourée de mamans fortes, courageuses, généreuses, résilientes, humbles malgré leurs défis. Ce sont des « power woman » si je peux me permettre cette expression. Elles marchaient des dizaines de kilomètres transportant leur enfant ou même leur ado paralysé, participaient activement aux sessions de réhabilitation sans plaintes ni murmures, ensuite tricotaient, jardinaient, vendaient leurs légumes au marché et avaient le courage de recommencer. Au milieu de ce que je percevais comme souffrance, je voyais une joie indescriptible et une foi en Dieu inébranlable.

Quant aux enfants, c’était un vrai coup de cœur instantanément. J’ai reçu autant de joie et d’amour que j’en ai donnés. C’était toujours un plaisir de les voir travailler si fort pour réaliser un défi. Que ce soit apprendre à lever la tête, s’asseoir, se mettre debout, faire des pas, s’engager socialement, etc. Pour des enfants qui ont en partant une mobilité réduite ou qui souffrent de paralysie sévère, cela s’est avéré un véritable défi pour eux, et un véritable combat tant physique que spirituel pour moi. Par moment j’étais épuisée, je voulais perdre patience, me décourager, m’abattre face à tant de besoins, jusqu’au décès de certains enfants. À un moment donné je ne voyais plus d’issus pour ces enfants mais le Seigneur a parlé, à travers la louange Joshua, un enfant né aveugle, les chants des mamans et les moments de prière entre collègues. J’ai dû apprendre à être patiente et à célébrer leurs moindres petits efforts, leurs succès et leur volonté d’essayer. J’ai appris à rêver grand avec eux et à toujours espérer le meilleur non par la vue mais par la foi.

À la fin de ma mission je me demandais ‘qu’est-ce qui vient après ? En partant est-ce que je vais les oublier ? Est-ce qu’il y aura une continuité ?’ Ce sont des questions qui m’habitent encore. Tout ce que je sais c’est que je n’ai oublié aucun de ces centaines de visages, et quand j’y retournerai j’espère rattraper le temps et reprendre là où j’ai laissé.

La compassion est une des plus grandes formes d’intelligence. Elle nous force à nous oublier et nous place dans la peau des autres. Cela demande une conscience et une compréhension de notre existence sur terre qui va au-delà de notre propre petit monde.

Cette mission m’a ramené à l’essentiel : Jésus Christ.

 

Herleen

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