Pouvez-vous partager un peu de votre histoire ?

J’ai toujours eu beaucoup d’imagination et ce depuis ma petite enfance. Mais dans le contexte où j’ai grandi elle est devenue un exutoire caché. Du coup, j’ai très vite été en conflit avec cet aspect de ma personnalité et j’ai passé des années à tenter de le faire disparaitre.

J’ai avancé dans la vie, amour, mariage, études, bébés… Oui tout en même temps ! j’aime me compliquer les défis… Et au final, j’entre en école d’Éducateur Spécialisé. Cette étape de ma vie va marquer un tournant important.

En fait depuis que je suis toute petite je ne crois pas au hasard. Très vite j’ai eu besoin de trouver du sens à mon existence et, de ce fait, je crois que ma venue au monde est pour un but précis. J’ai grandi en allant à l’église mais je ne supporte pas la religion parce que pour moi, elle tente de réduire Dieu à une compréhension figée. Personnellement je n’ai pas une religion mais une relation avec le créateur qui m’a imaginé avant même que je ne vienne au monde.

J’ai donc construit toute ma vie à partir de cet acquis : le hasard n’existe pas. En sortant du secondaire j’avais dit « tout sauf les carrières du social ! » Je suis allée en faculté d’arts plastiques. Entre temps je m’étais mariée. Financièrement c’était limite et comme depuis que je sais marcher j’ai toujours aspiré à mon autonomie, j’ai postulé pour devenir surveillante à l’école secondaire. Il fallait cocher nos souhaits, j’ai tout sélectionné, même l’internat alors que j’étais en couple… Tout sauf « handicap ». Là c’était juste, inenvisageable, trop violent, effrayant pour moi.

Je suis alors convoquée à un entretien d’embauche. « Depuis quand ils font passer un entretien pour être surveillant ?! » J’ai 19 ans et je ne cherche pas. Je me présente, il y a un jury de cinq personnes et voici la première question qu’ils me posent : « Pourquoi voulez-vous travailler auprès des enfants handicapés ? » Je les ai fixés comme s’ils m’avaient parlé Russe mais en une fraction de seconde je sais que je ne crois pas au hasard et que fondamentalement les défis me font vibrer. Je leur ai donc bafouillé une réponse très improbable, la seule qui me soit venue à l’esprit : « Heu… ma mère a déjà gardé un petit garçon sans membres… » Ils se sont tous emballés, ils parlaient déjà du lieu où ils allaient m’affecter… Incompréhensible !

Je suis devenue Auxilliaire de Vie Scolaire dans une Unité Pédagogique d’Intégration en collège (école secondaire) auprès d’enfants déficients intellectuels. Ce poste a été la révélation pour moi. Toutes mes représentations et mes peurs du handicap sont tombées et j’ai découvert ma voie : je voulais en faire mon métier. Il faut dire que je survolais tel Tom Sawyer (personnage de roman et symbole de liberté) mon cursus universitaire. Il fallait donc que je me forme et c’est de cette manière que je me retrouve dans la filière « Éducateur Spécialisé ». Sauf que ces formations du social en passent à 80% par la production d’écrits. J’ai souffert ! Parce qu’on ne nous demande pas seulement de poser et structurer une idée, on nous demande de parler de nous. Chaque réaction est un symptôme et l’écrit nous demande d’identifier la cause profonde. Au final ces études m’ont révélé la puissance des mots, leur don pour exprimer et soigner ce que l’âme éprouve à l’insu de tous.

En parallèle, ce qu’absolument personne ne sait, c’est que je vis un enfer caché. Mais je suis forte, c’est ce que tout le monde me dit. Mais un burn-out plus tard et un déménagement pour suivre mon mari muté et l’armure s’effrite, je m’effondre : tout est remis en cause dans ma vie. Juste avant notre départ, alors que je passe en coup de vent devant le dessin-animé que mes petits regardent, « le Roi Lion », ces mots se mettent à raisonner « N’oublie pas qui tu es ». Ils m’ont transpercé le cœur pour ne plus me lâcher. Alors quand tout s’arrête et que plus rien n’a de sens la question de mon identité devient une urgence « mais qui suis-je ? ».

Je ne me retrouve pas dans les « attendus » que l’on a envers moi, je suis une maman mais pas que, et tout le sens que j’avais mis dans mon travail et activisme s’est évaporé. C’est l’heure du bilan. J’ai tout construit pour « faire » la mission mais j’ai oublié « d’être » parce que depuis des années les standards dans lesquels on m’attend ne sont pas en adéquation avec qui je suis.

Alors, quand je disais que j’ai une relation avec le créateur… À ce moment de ma vie Il m’a amené à prendre conscience de ce que « créateur » voulait dire, qu’Il était lui-même, le premier rêveur parce qu’Il avait imaginé toute la création et chaque être humain avant même qu’il vienne au monde. Bref, j’ai compris que, ce avec quoi je luttais depuis des années n’était rien d’autre que Lui en moi, donc moi. Je comprends que mon imagination n’est pas un mal mais fait partie de moi, c’est de cette manière que j’ai été créée. Je réalise que mon créateur n’attend rien de plus de moi que d’être moi et qu’Il prend plaisir en moi quand je suis moi !

En parallèle je vais au ciné voir Divergente : un plaisir absolu mais impossible d’attendre un an supplémentaire pour connaitre la suite ! Alors je suis allée m’acheter les trois tomes et j’ai tout dévoré en quatre jours. Je ferme le dernier volet les yeux rougis de larmes et là, dans mon esprit, en quelques instants la connexion se fait : l’écrit est le vecteur puissant que j’ai découvert au cours de mes études et mon imagination est un don. L’écriture de Veronica Roth est directe. J’ai ouvert mon ordinateur et pour la première fois de ma vie j’ai commencé à donner vie à Amy.

Serait-il aisé de vous qualifier de romancière chrétienne ?

Si on se positionne d’un point de vue strict, oui. J’écris des romans et je suis chrétienne. Pourtant, je n’ai pas écrit un roman chrétien. J’écris ce que je suis, ce que je crois et ce qui me fait vibrer. Je me suis positionnée exactement comme n’importe quel auteur, c’est-à-dire depuis mon ancrage spirituel. Certains proposent un versant humaniste, d’autres occulte, mais dans tous les cas, les valeurs distillées dans n’importe quel roman écrit est animé par l’esprit. Je n’ai pas écrit un roman chrétien mais un roman ouvertement spirituel.

Pourquoi avoir adopté un style romancier pour vous adresser à la jeunesse ?

Sûrement parce que je ne lis pas grand-chose d’autre et parce que J’AIME les romans ! Mais mes préférés, sans appel : les dystopies (récit de fiction). Mon petit côté « j’aime la sociologie » et mon défaut d’enfance où avec mon frère nous passions des heures à préparer notre paquetage de survie en cas de catastrophe planétaire… Je n’ai toujours pas trouvé d’explication à cette obsession mais ça nous a occupé des heures… Il se trouve que c’est un style aimé par la jeunesse. Ça doit vouloir dire que je suis toujours jeune !

Quel lien ou parallèle faites-vous entre L’enceinte, titre du livre, et la jeunesse contemporaine ?

En fait, L’enceinte (titre du premier tome) parce qu’Amy, mon personnage est enfermé dans une enceinte militaire depuis ses cinq ans. Elle n’a connu que cet univers et cette réalité. On lui a dit qu’elle avait de la chance ou que c’était comme ça et qu’elle n’avait pas besoin de se poser de questions, pire qu’elles étaient dangereuses et donc interdites.

Beaucoup de jeunes sont dans une enceinte comme Amy, certaines sont dorées, d’autres aussi sombres que la sienne mais fondamentalement, nous évoluons tous dans un cadre dont il est très difficile de sortir. Pour la plupart nous y vivrons et mourrons. Le cadre social, le cadre familial, le cadre culturel, le cadre religieux… tant d’enceintes où les questions et les remises en cause sont jugées dangereuses. L’enceinte est un appel à éprouver le cadre.

De quoi est-il question dans votre livre ?

Au cours des quatre tomes, nous suivons le parcours d’une « ado H.P » (Haut Potentiel) enfermée depuis ses cinq ans dans une enceinte militaire. Elle n’a connu que violence et discipline de fer. Son potentiel intellectuel la pousse à interroger toutes les réponses répétées en boucle depuis des années sur ce qu’est l’enceinte, là où la plupart les ont désormais intégrés comme une évidence. En même temps, elle ne comprend pas bien pourquoi, mais depuis peu, elle a comme le sentiment de devenir vulnérable. À force de coups et de sanctions brutales elle est devenue dure. Elle n’a plus pleuré depuis des années mais le simple souvenir de sa mère détruite l’atteint plus profondément que jamais. C’est comme si une dimension d’elle-même montait telle une déferlante pour exploser.

Les questions s’accumulent sur son passé, qui était réellement sa mère, sur l’enceinte elle-même, son sens et sa légitimité, sur la vie, sans parler de l’avenir quand elle est déjà condamnée à mourir pour l’armée des Terres Saines ? Rien n’a de sens jusqu’à cette fameuse nuit où toute son existence va basculer.

Nous suivons tout son parcours, à partir de cet enfer froid dans lequel elle va souffrir plus que l’acceptable et devoir trouver des réponses aux « pourquoi » et faire ses choix, l’un après l’autre, qui détermineront chacun tout son avenir qu’elle n’imagine pas si construit.

Est-il adéquat de dire que votre personnage principal, Amy, s’apparente à vous ?

À chaque fois qu’on me demande si mon roman parle de moi, je réponds que, même si c’est une romance dystopique, je crois qu’on ne peut pas créer en dehors de soi. Pourtant, Amy n’est pas moi. Cette ado au profil d’H.P (Haut Potentiel), petite, toute en muscle élevée sans amour dans une enceinte militaire où la violence et la mort rythment et régissent un quotidien sans âme. Je fais près d’un mètre quatre-vingts, mes muscles ont été éprouvés par quatre grossesses maintenant et je n’ai traversé l’armée que le temps de ma journée civique…

Non, elle n’est pas moi mais pourtant elle l’est. Elle est vous, elle est chaque lecteur abimé par la vie à un moment donné de son histoire. Elle est chaque jeune fille abusée dans son corps, dans sa sensibilité ou sa confiance. Elle est chaque âme blessée impunément sans que, parfois, quiconque n’ait remarqué qu’il y avait danger de mort. Quel que soit notre âge, nous avons tellement été, à être elle…

D’après vous, la jeunesse actuelle a-t-elle plus de défis à relever que les générations précédentes ?

Je ne dirai pas qu’elle a plus de défis à relever mais qu’elle n’a plus de « Père » ou « rePère » pour les dépasser. Génération héritière des « il est interdit d’interdire », « fast-food », « tout, tout de suite » où le virtuel a dépassé la réalité. Je crois que cette génération est celle au plus haut potentiel jamais atteint. Des jeunes aux capacités décuplées par des années de connaissances accumulées et saisissables en un clic. Enseignée dans le « Just do It » et animée par des icônes fortes comme Mark Zuckerberg, Larry Page ou encore Steve Jobs, des visionnaires qui ont changé la face du monde. Mais elle est aussi la plus perdue, avec beaucoup de possibles mais peu de réponses, des idéaux qui lui laissent penser qu’on peut se façonner seuls et au final un taux de mortalité plus élevé que jamais : une chose est sûre, on meurt seul.

La jeunesse d’aujourd’hui a besoin d’un père qui ne se contentera pas d’être une source d’inspiration mais qui saura faire office de Loi et poser des repères pour que cette génération explose son plein potentiel. C’est ce que je crois intimement.

Quel est votre message d’encouragement pour les jeunes ?

Un message en deux temps. Vous êtes une génération à part, sans précédent dans l’histoire moderne. Vous regorgez de créativité et bouillonnez de potentiel. Mais vous êtes aussi celle qui a été la plus abimée. Enfants de divorcés, enfants délaissés pour le travail, enfants abusés, violentés… Tout comme Amy va le découvrir, la vie est dure, impitoyable et sans pitié. Mais si on sait la saisir dans chaque choix qui se présente à nous, il y a aussi des projets prévus d’avance, des projets de paix et non de malheur afin de nous donner un avenir et de l’espérance. Le hasard n’existe pas. Quel est le sens de votre vie ?

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